Il parlait avec ce ton très solennel d'une personne qui s'octroie toutes autorités et tout honneur envers qui on doit l'absolue et stricte obéissance quant aux consignes demandées. Il leur offrit un sourire des plus faux qu'on puisse donné à un être humain de voir et se tourna vers Yué. Celui-ci était attentif, non pour ce qu'il allait dire mais pour déterminer à quel genre exact d'individu il avait affaire, et Yué avait le sentiment désagréable d'être tombé sur une personne vile et cupide, surmontée d'une très grande facilité à la corruption dont il lui fallait se défier.

 

-  Les jeunes qui arrivent ici, continua-t-il sur le même ton, sont pour la plupart des cas sociaux, livrés à eux même et ont commis, pour la majorité d'entre eux, des délits mineurs. Toi, tu es là pour cambriolage et je vois que tu as bon goût ! La plus grande bijouterie de la ville. Vraiment ! Je suis épaté ! Tu t'intéressais à "la comtesse de Vendôme", excellent choix ! Dommage que tu n'es pas à la hauteur de tes ambitions. Tu n'es rien qu'une petite frappe et je suis étonné que tu ne sois pas en prison à l'heure qu'il est. Tu ferais mieux de ne pas trop te l'ouvrir et de faire profil bas ici. Car ici, c'est moi le chef, c'est moi qui dirige tout. Un mot de ma part et tu seras envoyé en prison.

 

Yué ne sourcilla pas face à ces menaces stériles mais il perçut un léger frémissement chez l'autre garçon. Ainsi donc, il était impressionnable, un rien l'intimidait. Débuter son arrivée ici de cette manière promettait une vie dure à ce petit. Après un petit moment de silence, Fernandez poursuivi son monologue avec une satisfaction apparente, sûr de son effet. Il comprit aisément l'impact qu'il venait d'avoir, sans grand effort, sur le plus jeune et l'emprise obtenu sur lui. Il se tourna alors vers le gamin en prenant un air faussement sérieux, heureux de le voir frissonner dès que son regard se posa sur lui.

 

- Alors ? Enoa?, dit il en prenant un ton hautain. Dans ton dossier, il est indiqué combat de rue mais quand je vois ton petit visage de poupon, ….je dirais plutôt…..qu'il s'agit bien d'autre chose ! Tu as le profil parfait des personnes qui savent manipuler les autres en usant de leur charme et de leurs atouts physique pour parvenir à leur fin. Tu dois exceller dans l'art de l'expression physique.

 

Ces propos éveillèrent la curiosité de Yué. Ne laissant pas transparaitre le moindre changement sur lui, il scruta la réaction d'Enoa face à ces commentaires plus que désobligeants. Il remarqua nettement le poing serré qu'il tentait vainement de cacher derrière lui. Il se mordait les lèvres, incapable de soutenir le regard inquisiteur de cet abject directeur. Aussi, il ne répondit pas tout de suite à l'affront, parvenant à peine à articuler quelques mots que le sieur Fernandez se réjouit à couper.

 

-  Va te faire… 

 

« La première fois que je t’ai vu… »

 

-  Ici, les règles sont un peu différentes comparés à vos vies de débauchés. Le couvre-feu est à 20H. Il est impératif que vous soyez présents lors de l'appel du soir avant le coucher ! Le petit déjeuner est à 7h et le repas du soir à 18h30 ! Le midi, vous mangerez dans l'établissement scolaire où vous aurez été affectés. Si vous manquez ces repas, tanpis pour vous, vous ne mangerez pas ! Je vous précise donc que vous avez été tous les deux affectés dans le même établissement avec un petit groupe d'autres pensionnaires. Enoa sera dans une classe de son niveau, si toutefois il parvient à rattraper son retard, en imaginant qu'il sache, au minimum, lire convenablement. Quant à toi, Yué, il a été décidé que pour t'apprendre à te réinsérer dans la société et à te rendre plus magnanime, tu devras remplir une fonction à responsabilité dont tu feras un rapport hebdomadaire. Tu seras surveillant et j'exige de toi de bons résultats. Quelque chose à ajouter ?

-   Je vois ce que ça voulait dire quand on parlait d'entraide, ironisa Enoa.

-  Entendu, chef!, fit calmement Yué. Mais j’ai juste une exigence ! Je veux une chambre pour moi tout seul ! Et on peut sortir, quand même ?

 

Grâce à la scène qui venait de se dérouler sous ses yeux, Yué avait deviné que cet homme connaissait en réalité beaucoup de choses sur le jeune Enoa. Il tirait profit de cet avantage pour faire taire le petit gamin et le rabaisser dès qu'une occasion, même infime, se présentait à lui. Ce qui étonna Yué fut que le jeune garçon se laissait faire avec une facilité exaspérante. A sa place, il aurait trouvé une réplique plus cinglante à lui envoyer en pleine figure. Non ! Vraiment ! Ce gosse n'avait rien à faire ici ! A se demander même comment, pourquoi et qu'est-ce qu'il avait fait pour atterrir dans ce sinistre endroit.

 

-  Ce n’est pas possible ! Tu partageras une chambre avec ton camarade ici présent ! Hormis les heures de cours et de travail, les sorties, seul et sans surveillance, ne sont pas autorisées. Pour vous divertir, vous avez les lieux de vie que vous partagerez avec les autres pensionnaires. Une dernière chose, si vous séchez les cours, la police en sera immédiatement informée et ce n’est pas ici que vous reviendrez mais vous serez directement conduit en prison !

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Par Flow - Publié dans : Chapitre 1 - Crossroads
Jeudi 1 novembre 2007 4 01 /11 /Nov /2007 03:15

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