-  Je crois que vous n’avez pas compris ! Je ne partagerais pas ma piaule avec qui que ce soit et surtout pas un morveux comme lui ! 

- Le morveux, il t’emmerde !

- Gardez ces douceurs pour votre intimité ! Ici, on ne conteste pas mes ordres !

 

Finalement, les deux garçons allaient réussir à lui taper sur les nerfs. Il desserra légèrement l'étreinte de sa cravate et se versa un verre de whisky. Inutile d'en proposer au jeune et encore moins au mineur. Un vrai bébé celui là ! D'ailleurs, dans le silence pesant qui avait commencé à régner dans la pièce, Enoa fit un bond en entendant frapper à la porte. Lui et Yué se tournèrent simultanément vers elle, voyant entrer dans le bureau un homme de haute stature, vêtu d'un survêtement bleu ciel à rayures blanches. Le must du mauvais goût ! Il dévisageait les deux garçons d'un œil morne. En le détaillant de la tête aux pieds, Yué se demandait comment une personne aussi enveloppée, bien grasse du bide et puant la transpiration qui, d'ailleurs dégoulinait de son front, allait bien pouvoir lui courir après. De plus, il parlait d’une voix bourrue, mêlée à des effluves d'alcool, à moitié essoufflé alors qu'il n'avait gravi que quelques marches pour rejoindre le bureau.

 

- Bonjour, jeunes hommes!, s'exprima joyeusement le bourru entre deux respirations. Je suis Emmanuel Blérot, votre éducateur ! Tout ce dont vous aurez besoin, c’est à moi qu’il va falloir le demander désormais ! 

 

Il arborait un sourire qui se voulait jovial. L'autorité ne semblait pas être son fort, il préférait jouer la carte du super bon pote, très proches des jeunes et toujours à prêts à les aider. Ce genre de mascarade ne dupait pas Yué. Il soupira silencieusement, il en aurait même levé les bras au ciel tellement ce spectacle tournait au désespérant. Et encore, ce mot paraissait bien faible quand Blérot sorti un mouchoir visqueux de sa poche pour s'éponger le front.

 

-  Suivez-moi!, leur ordonna-t-il, d'un ton un peu monotone de celui qui voulait se débarrasser d'un fardeau. J'ai ma moto à réparer ! Je ne veux pas que ça traine !

 

Il ouvrit lui même le chemin en quittant le bureau, faisant des moulinets avec ses grosses mains moites pour encourager Enoa et Yué de le suivre de leur plein gré. Il les attendit dans le couloir avec une mine faussement impatiente. Yué se leva en premier. Il ne portait qu'un bagage léger, pas le temps de faire ses valises pour son séjour en hôtel de luxe quand on se fait arrêter dans une bijouterie. En scrutant Blérot, du premier coup d'œil, il avait compris qu'il avait affaire à une personne peu perspicace, la bonne poire en quelque sorte. Et avec tous ces tissus adipeux qui dégorgeaient de tous cotés, comment faisait-il pour tenir sur une moto ? Il se posait cette question existentielle quand il remarqua qu'il manquait quelque chose. Dans l'embrasure de la porte, il se retourna avec un demi-sourire vers Enoa qui n'avait pas bougé de sa place.

 

-  Bah alors, gamin, tu ne bouges pas ? Tu veux rester en bonne compagnie et finir ce que tu as commencé ? 

 

Ces mots piquèrent Enoa au vif. Il rougit encore à vue d'œil et évita son regard. Il n'eut pas la réaction que Yué attendait de sa part. C'est-à-dire de recevoir une réponse cinglante, voire même les poings qui arriveraient sur lui. Non ! Bien au contraire, il eut cette nette impression que le gamin retenait ses larmes. Mais ce n'était qu'une impression ! A cet âge là, on ne pleure plus comme dans les jupons de maman. Il vit le gamin prendre sa besace. Yué n'avait pas remarqué qu'elle était tombée au sol, sûrement la surprise de voir apparaitre la créature de rêve récemment citée. Enoa avança vers lui en l'ignorant totalement. Il se voulait sûr de lui, composant une démarche altière et déterminée et Yué remarqua, alors qu'il lui passait sous le nez, ses petites lèvres corail qui tremblaient et ses yeux, au vert émeraude assombri, embués de larmes.

 

-  Ne m’appelle pas gamin!, lui dit il d'une voix légèrement chevrotante en continuant sa route.

 

« Mais je m’étais lourdement trompé »

 

En entrant dans la chambre qui leur avait été attribuée, Enoa ne se gêna pas pour précéder Yué d'un pas légèrement pressé. Après avoir jeté son sac sur le lit de droite, il se précipita littéralement sur la fenêtre pour l'ouvrir et la bloqua expressément avec un petit carré de papier plié, laissant une ouverture suffisante pour aérer la pièce de façon parfaite. Blérot, à bout de souffle, les abandonna dès qu'ils eurent franchit le seuil de la petite pièce sans prendre le soin de s’assurer si les garçons étaient bien installés et avaient besoin de quelque chose d’autre. De chaque côté de la chambre, trônait un lit en métal du style dortoir avec des barreaux en guise de tête et de pied de lit. Chacun était équipé d'un matelas, de draps, d'un oreiller, d'une couverture et d'une couette. Sous la fenêtre, était placé deux bureaux et deux chaises de couleur blanche. En pénétrant dans leur nouveau foyer, Yué se sentait déjà à l'étroit car lui, l’indomptable oiseau de proie, avait besoin de grands espaces pour étendre ses ailes. Alors qu'il refermait la porte, il sentit une légère brise glacée venir lui caresser le visage, comme une provocation. Occupé à épier le départ de Blérot, il n'avait pas remarqué tout le cirque que venait de faire Enoa. Il se retourna, d'abord ébahi puis agacé au plus haut point face au peu de savoir-vivre du petit en colocation. Les chauffages n'avaient pas été allumés pour les recevoir et avec le froid de canard qu'il faisait dehors, le gosse ouvrait la fenêtre comme par une belle journée d'été.

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Par Flow - Publié dans : Chapitre 1 - Crossroads - Communauté : Auteurs de romans méconnus !
Jeudi 1 novembre 2007 4 01 /11 /Nov /2007 03:20

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Commentaires

jadore les pensées entre "...." sa le fait vous ecrivez trop bien !
Commentaire n°1 posté par chizu le 29/02/2008 à 21h20
Allez manu, arrive...
Commentaire n°2 posté par Lo le 15/12/2007 à 15h55
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