- Avec ton blabla, je ne sais toujours pas à qui il est ce paquet, alors je me ressers, lui dit-il en mettant en évidence le paquet. Ne t'inquiète pas, je suis généreux quand vient mon tour.

- Je t'ai pas autorisé à me taxer des clopes alors éloigne tes pattes ! C'est mon dernier en plus !

 

Enoa s'arrêta quelques instants, tentant de comprendre ce qui se passait. Puis, il tâta ses poches et blêmit. Il revint lui arracher son paquet de clopes des mains avec la même petite sauvagerie que précédemment. En plus d'être mesquin, il n'était donc même pas partageur et Yué profita de cette nouvelle proximité pour l'attraper par le poignet avant qu'il ne puisse pas s'éloigner à nouveau. Il l'attira vers lui, approchant son visage au plus près du sien. Il prit son air le plus sévère, celui que personne n'osait contester quand on lui cherchait des poux.

 

- Dis donc, morveux ! On t'a jamais appris à mieux parler ? Change de ton avec moi sinon ça va mal aller, je te le garantie.

- Je te parle comme je veux, t'es pas mon père !

 

Enoa se dégagea de son étreinte tant bien que mal, plus mal que bien d'ailleurs. Yué savait pertinemment qu'il avait une poigne de fer et que les frêles poignets d'Enoa ne faisaient pas le poids face à lui, aussi, dans le but de lui rendre sa mesquinerie, il desserra ses doigts alors qu'Enoa tirait dessus de toute ses force et manqua de tomber au sol, les fesses les premières. Yué afficha avec évidence un sourire moqueur. Ce gamin l'intriguait et l'énervait à la fois. Et puisqu'il lui fallait le supporter durant une durée indéterminée, autant lui poser toutes les questions auxquelles il voulait une réponse. Il sortit son propre paquet de cigarette de sa poche et commença à fumer.


- Alors ? T'as fait quoi pour être ici ?

- Hé ! Ca ne te regarde pas ! C'est quoi ton boulot ? Éducateur déguisé en pensionnaire, fayot de la police, t'es de la brigade des mineurs ? Ou alors quoi ? Ramasser les mégots par terre ? Si je suis ici, c'est parce qu'il parait que j'ai une autre chance ! Une chance de quoi, je ne sais pas mais de moisir, ça c'est sûr !

- Ah ! Ca, tu vois, je ne le savais même pas ! Je vais être payé ?! Tant mieux. C'est bien la première fois que je vais recevoir un salaire. Il se trouve que tu peux jeter tout ce que tu veux par terre, mon cher...Ce n'est pas moi la femme de ménage. Moi, j'en ai rien à foutre. Je dois seulement empêcher les razmoquets comme toi de foutre la merde. Alors, je fous quoi maintenant ! C'est trop lourd ici, y a rien à faire ! Et c'est secondaire comme travail. Hum ! Ma vie pour une bière. Yen a ici ?

 

Yué se tourna alors vers le sac d'Enoa et s'en saisit. Il commença à fouiller dedans le plus simplement du monde. Il n'eut pas le temps de voir grand-chose à l'intérieur, à peine ouvert, le sac lui fut enlevé des mains. Embêter bébé était d'une simplicité hallucinante ! Il le prenait vraiment pour un éducateur juste parce qu'il était assigné à la surveillance des gosses dans l'école où Enoa devrait se rendre. Et ce précieux sac ! Il y tenait tellement que Yué se jura de savoir ce qu'il contenait avant la fin de la semaine.

 

- Je te permets pas de fouiller mon sac, lui cria Enoa. Et puis quoi encore ! Je ne suis pas d’accord. Je le garde avec moi, c'est mon seul bien et personne ne l’approche ! De toute façon, je ne sais pas qui tu es mais on ne va pas devenir pote. Et des bières, je n'en ai pas ! Alors pousse toi de ma vue, je n'ai pas besoin de tes pseudo leçons de morale !


        Après ces paroles amicales, il sortit une bière de son sac et l'ouvrit avec un sourire ironique. Il en but rapidement quelques gorgées puis il se tourna vers Yué en s'essuyant la bouche du revers de la main.

- Je t'en propose pas, tu ne dois pas avoir soif ! Et si tu veux fumer, va falloir que tu me roules une pelle comme il faut ! Si t'as une bonne langue, je serais d’accord de t'en filer une, et même un peu de bière, si le cœur t'en dis !

 

Apparemment satisfait de sa petite vengeance, Enoa alla s'asseoir sur le bureau et se prit une cigarette. La bière à ses côtés, il sortit aussi des feuilles de son sac et commença à y vider sa cigarette. S'il n'avait pas eu affaire à un gosse aussi immature, Yué ne serait pas gêné pour lui refaire le portrait comme il se doit. Jamais il n'avait permis à qui que ce soit de lui parler de la sorte. Il fuma sa cigarette un peu nerveusement, tirant de grandes lattes pour garder son sang froid. Ceci fait, il l'écrasa calmement sur la table de chevet et se tourna vers un Enoa bien concentré sur sa besogne.


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Par Flow - Publié dans : Chapitre 1 - Crossroads - Communauté : vs ressentez la m chose?
Vendredi 2 novembre 2007 5 02 /11 /Nov /2007 23:47

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