D’un signe de la tête, Kenji fit signe à Asahi qu’il en avait terminé, connaissant la mesure des propos qu’il venait de fournir à Enoa, et, pensant que, dans quelques jours, le petit reviendrai le voir en courant pour le supplier de ne pas être abandonné. Le caractère de l’enfant, contrairement à Yué, n’était plus un secret pour lui et il était le farouche gardien des clés de son âme. Sûr de lui, il remonta dans sa voiture, ignorant le visage pâle du bébé et le bras tendu vers lui, comme pour le retenir, pendant que Yué, ne voulant pas se laisser faire, lui tenait toujours le bras pour le garder près de lui. Les deux véhicules disparurent rapidement, laissant les deux jeunes garçons seuls sur le parking désert et dont seuls les pleurs d’Enoa troublaient la quiétude du soir. Peut-être parce que désormais, Yué ne pouvait plus être que la seule personne à qui il pouvait se raccrocher, car le gamin vint se blottir contre lui, en larmes, le corps grelottant de froid et les mains crispées sur ses bras. Puis, lentement, semblant émergé d’une certaine torpeur, il releva son petit visage embué de chagrin vers Yué.

- Tu lui as dit bien gentiment d'arrêter plusieurs fois, hein ? Et tu crois que je le lui ai demandé combien de fois d’arrêter ? Combien de fois je l'ai supplié ? Il proposait mes services à ses amis mais tu vas prétendre que t'étais pas au courant, alors que tout le monde me regardait toujours avec mépris. Je ne voulais pas finir sur le trottoir. Je ne voulais pas…tout ça. Je voulais pas !

- Sûrement, tu ne pouvais pas dire non. La peur devait te tétanisé. Je n'ai aucun doute là dessus. Tu devais te sentir un moins que rien. Te demander pourquoi est-ce que tout ça t’arrivait. Tu devais penser que tu avais sûrement été très méchant dans ta vie pour que le coup du sort te tombe ainsi dessus. Tu devais même te sentir coupable et croire que tout cela était de ta faute. Oui ! Et comment réagir à tout ça ? Tu étais si jeune et lui si puissant. Tu n'avais pas d'autre choix que de faire ce qu'il voulait, car tu n'as connu que lui dans ta vie. Personne d'autre ne pouvait t'aider, personne ne le voulais peut-être vraiment. Tu ne connais pas la vraie vie outre celle qu’il a bien voulu te faire voir. Mais venir ici a été pour toi comme une nouvelle vie. Tu commences à prendre conscience que tout ce que tu as vécu depuis ce jour, ce n'était pas normal. Je devine tout ce que tu as pu ressentir. Je sais tout ça. Car à un certain moment de ma vie, j'ai vécu le même genre de ressentiment. Mais je te jure que je ne savais pas et quand j'ai commencé à avoir des soupçons, j'ai mené mon enquête. C’est pour ça que cela m'a mené à agir contre ce qu'il te faisait. J'avoue le temps de réaction à sûrement été très long pour toi. Mais j'ai eu des doutes et j'ai réagis quand j'ai connu les faits, les vrais. Tu peux m'en vouloir tant que tu veux mais tu ne peux pas me blâmer pour toujours, car si je m'étais vraiment foutu de ça comme tu dit, et bien tu serais encore en train de subir toutes ses atrocités. En train de vendre ton corps à ce couple là-haut, le rassura Yué en lui passant la main dans les cheveux d’un air grave. Dis-toi au moins que tout cela est terminé maintenant, que cela ne va pas durer pour le reste de ta vie. Tu peux redémarrer une vie nouvelle maintenant et éponger ce passé si sordide et atroce. T'es encore un gamin mais bientôt, tu vas évoluer et grandir. Alors, vas-y, balance moi tout ce que tu veux par la tête. Crache-moi ce venin que tu gardes depuis trop longtemps. Viens je t'attends et j'encaisse.
- T'approches pas de moi, lui répondit le bébé tout en restant serré contre lui. Je vais pas te donner le plaisir de te cracher mon venin ! Je suis plus un gamin ! Arrêtes de m'appeler comme çà ! J'y ai survécu à ce traitement de "faveur" et je survivrai au reste de ma vie que j'ai encore à vivre ! Je ne vais pas en mourir ! Je suis peut-être pas un vétéran mais me crois pas si faible. Oublie seulement ce que tu as vu ! Il ne s'est rien passé !
- Allez Gamin ! Laisses-moi au moins te consoler un peu, continua Yué dans sa lancée en lui flattant les cheveux, se doutant bien qu’Enoa se cachait ce mensonge pour nier une réalité trop douloureuse. On va vite "oublier" comme tu dis. Mais comme nouveau départ, laisse-moi au moins te donner la première vraie accolade remplie de respects et de bonnes intentions de ta vie, d’accord ?


« La seule chose dont je pouvais être sûr… »


                Cette dernière phrase provoqua un mouvement de recul de la part du bébé qui alla buter contre la voiture derrière lui, prêt à bondir au moindre mouvement un peu brusque de la part de Yué et ne perdait aucun de ses gestes, mais Yué ne paraissait pas avoir de mauvaises intentions à son encontre. Le visage de celui-ci, en avançant sur Enoa, était si sérieux et son attitude, si pondérée, même lorsqu’il le prit en douceur dans ses bras qu’il recollait, miette par miette, le cœur brisé de l’enfant. Les petits sourcils froncés du bébé ne l’arrêtaient pas, il le serra fort contre lui et lui flatta le dos avant de prendre son visage à deux mains avec une extrême délicatesse. Yué approcha sa bouche de sa frimousse enfantine et déposa ses lèvres avec prévenance sur le front d'Enoa, lui donnant un doux et long baiser. Mais plus cette marque d’affection durait, plus un sentiment, à la fois si exquis et pourtant si douloureux envahissait Enoa, qui, ne pouvant en supporter davantage, serra ses petits poings pour le repousser mais les forces lui manquèrent, et il s’abandonna à Yué.

Par Flow/Tenshi/Tetsu - Publié dans : Chapitre 3 - La loi du silence - Communauté : Auteurs de romans méconnus !
Vendredi 25 avril 2008

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