- Arrête çà, lui demanda Enoa. Arrête...

 

« C’était la bienveillance de tes baisers… »

 

                    Cette fois, sa voix se brisa et il ferma les yeux sans être capable de retenir les flots de larmes que ces gestes tendres et affectueux venaient de provoquer. Découvrir cette façon d’être cajoler, approcher, remuait en lui des sentiments qu’il avait tentés d’ignorer en parvenant à se convaincre qu’il n’avait nul besoin de ce genre de chimères. Blottit dans les bras de Yué, il sentit simplement que les lèvres de Yué avaient laissés place à son front et que le regard sombre de celui-ci cherchait à capter le sien. Ses pupilles émeraude plongèrent dans les siens alors que Yué lui rendait ce regard par un sourire, sans prononcer un mot puisqu’en ce moment présent, ils s’avéraient superflus. Puis, lorsque le gamin parut plus détendu, il hasarda quelques paroles amicales pour réconforter le bébé.


- Tu veux vraiment que j'arrête Enoa ? Car, si c'est vraiment ce que tu désires, je vais te lâcher. Je ne tiens pas non plus à te forcer ni à te garder contre moi si cela te met mal à l'aise et que tu trouves ça très inconfortable. Mais je veux dire, continua-t-il en allant poser ses mains dans le creux de ses reins. Que pour ma part, je suis très bien comme ça.
- Merde ! Tu fais chier, Yué ! Tu fais vraiment chier, marmonna Enoa en cachant sa bouille dans le creux de son épaule. Tu sais que t'es vraiment un salopard ?
- Bon, d'accord. J'accepte ce compliment. Salopard... Si tu le dit... Mais tu ne bouges pas quand même, lui dit-il en lui relevant le menton pour lui essuyer ses larmes. Tu restes quand même blottit contre le plus grand salopard du monde, non ?

Blotti contre son torse, Enoa se sentait bien, apaisé malgré la douleur d’être abandonné par Kenji et, s’enhardissant, il osa passer discrètement une main dans le dos de Yué, vexé quand même de la remarque de celui-ci. D’ailleurs, de bon cœur, Yué rigola, l’envie de le taquiner le démangeait afin de lui donner un peu le sourire mais il préféra raffermir un maintien légèrement plus ferme sur le corps Enoa, de peur que sa dernière phrase ne le fasse encore retomber en furie. Il se pencha vers le bébé et glissa sa bouche au niveau de son oreille si sensible pour lui murmurer doucement quelques paroles, sincères et douces à la fois, tout en lui flattant les cheveux.

 

- Tu es très important pour moi, Enoa. Je ne veux pas te perdre.

 

                Mais ces dernières paroles firent frissonner l’enfant qui tenta à nouveau de le repousser, une nouvelle vague de larmes le submergeant malgré lui. Ce changement brutal d’attitude désorienta un peu Yué qui le regarda avec étonnement. Or, il s’agissait tout simplement d’un stigmate encore infligé par Kenji, l’expression de la souffrance laissée par ce genre de phrases tant répétées, jour après jour, sur les oreillers et plus particulièrement, venant de Kenji. Tout le monde disait l'aimer, vouloir son bonheur, qu'il était important mais Enoa ne comprenait plus l’importance et la véracité de ces mots.


- Pour ne pas me perdre, il faudrait déjà me trouver. Vous me dites tous : "Je t'aime, Enoa. Tu es important pour moi. Je ne veux pas te perdre. Personne d'autre au monde ne compte plus que toi ! J'ai des sentiments pour toi plus forts que tu ne le penses ! Tu n'imagines pas à quel point est fort l'amour que je te porte !" Tous ces mots, toutes ces phrases, je les écoutes pas ! Mensonges ! C'est que des mensonges ! Je ne crois personne ! Allez tous vous faire voir !

 

                Yué ne dit rien. Il l’écouta Enoa déverser tout son souffle, puis il l’enlaça à nouveau et le serrant maternellement contre lui pour le bercer calmement afin d’apaiser son petit cœur meurtri.

- Ca va aller. Chuttttttt ! Tu veux savoir pourquoi tu es important pour moi ? Parce que malgré tout ce que tu as enduré, malgré la carapace que tu t'es forgé, tu es si fragile et si petit. Tout ce que tu désirais c'était d'être vu tel que tu étais par quelqu’un, et moi je t'ai trouvé. Je t'ai prit comme tu étais, autant dans ta fragilité qu'avec ta carapace. Et j'aime tout ça d’Enoa.

 

                    Les paroles de Yué, prononcés si paisiblement, surprirent Enoa au plus profond de son être. Personne n'avait jamais parlé à Enoa de cette façon là, encore moins avec ce genre de mot et ceux de Yué semblaient sortir droit du cœur. Puis Yué se tut, laissant planer le silence pendant un instant, il prit à nouveau le visage d'Enoa dans le creux de ses mains pour se perdre dans ses yeux. A présent, tout se passait dans leurs regards, sans pouvoir dire un seul mot, ni même chercher à détourner les yeux ou à se dégager, Enoa, comme hypnotisé, finit par baisser les yeux, vaincu par la pureté des sentiments de Yué et, lentement, il se laissa glisser contre son torse pour se blottir contre lui, une larme, peut-être de joie et d’apaisement, roula furtivement sur sa joue.

 

« Et la chaleur de tes bras ! »

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Par Flow/Tenshi/Tetsu - Publié dans : Chapitre 3 - La loi du silence - Communauté : EXPRESSION DE SOI
Samedi 26 avril 2008

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