Chapitre 3 - La loi du silence

Chap. 3
La loi du silence


Le projectile ne fit que passer très près de l’abdomen de Yué avant de terminer sa course dans le mur derrière lui. Des hommes, restés là pour admirer le spectacle après le départ d’Asahi et de Kenji, dégainèrent leurs armes en même temps, prêts à abattre le garçon qui les menaçait, amplifiant le sentiment de panique de l’enfant, dont les mains tremblantes ne savaient plus sur qui pointer le canon de son arme. Les tirs allaient partir de toutes parts, sans sommation et sans réflexion, puisque ce nouveau coup de feu faisait revenir d’autres personnes dans la chambre, et, d’un geste autoritaire, Nohae se tourna vers eux en leur ordonnant de ne pas tirer, réitérant l’ordre donné plus tôt par Asahi.

 

- Foutez le camp ! Bordel de merde ! Celui qui le flingue va avoir à faire avec Kenji, alors rengainez ! On s’occupe de ça !

 

                Un vent d’hésitation déferla sur les hommes présents, car, il était vrai que ce garçon, Kenji avait toujours formellement interdit à quiconque de l’approcher, ni même à le regarder sans une autorisation express de sa part. Ils s’échangèrent leurs regards mutuellement, puis, d’un accord commun, ils rangèrent leurs armes pour quitter la chambre de façon définitive, laissant, avec soulagement, la suite des évènements et ses conséquences aux deux compères. A présent, la suite allait se jouer entre ces trois personnages. Nohae, aux aguets, comprenant que Yué avait réagit de manière un peu irréfléchi, percevait chez lui comme une corde sensible qui se tendait, rendant ses idées un peu confuses et il se devait donc d’être lucide pour lui. Au vue de la situation et des jours précédents, il concevait parfaitement le trouble qui animait Yué face au marmot qu’il n’avait eu de cesse de lui parler depuis que leur chemin s’était croisé. Il glissa ses doigts sur le manche d’un petit couteau à lancer suspendu à sa ceinture, prêt à réagir dès qu’il vit que Yué, une main tendue vers l’avant en direction du jeune garçon, faire un autre pas.

 

- T’approche pas ! T’approche pas de moi !, hurlait le petit en le menaçant. Reste là !

- Hey, Gamin ! Tu lâches ce fusil tout de suite, lui répondit calmement et gentiment Yué. Personne ne bouge dans la pièce. Ils sont tous sorti, alors ne tire pas... Seul, Nohae va rester avec moi.

 

« Ces larmes, ces pleurs, cette peur dans tes yeux… »

 

                Yué s’aventura à faire un autre pas, plus petit et plus mesuré, dans sa direction et approchait doucement de lui. Il pouvait voir les mains du garçon trembler de façon de plus en plus extrême et il parvenait, avec difficulté, à maintenir l’arme en l’air. Cette fébrilité excessive empêchait Yué de déterminer la trajectoire que prendraient le projectile si le gamin appuyait encore sur la détente. Le regard du petit se voilait peu à peu malgré ses efforts pour conserver sa lucidité face à Yué, et, en fixant son bras sanguinolent avec attention, il remarqua cette forme anormale à l’intérieur du bras de celui-ci. Une aiguille ! Celle-ci s’était probablement brisé quand, sûrement pris de panique, le gamin s’était défendu. Son investigation visuelle de l’état physique du garçon fut interrompue par les sanglots et les paroles de celui-ci qui ne devait même pas se rendre vraiment compte que presque tout le monde avait quitté les lieux.

 

- Vous allez me faire du mal. Vous allez me tuer. J’ai tiré sur Kenji !

- Personne ne va te faire de mal, Enoa, le rassura Yué qui, en l’entendant le vouvoyer, réalisait qu’il était suffisamment drogué pour ne pas le reconnaitre. Pose ton arme et on va sortir d’ici.

- Je ne veux pas être puni ! J’ai été sage, lui hurla Enoa en levant le flingue sur Yué.

 

                Le dialogue ne servait à rien dans cette situation où les faits et gestes d’Enoa demeuraient totalement imprévisibles. Le doigt du gamin glissa sur la gâchette et enclencha le mécanisme mais cette fraction de seconde suffit à Nohae pour lancer adroitement le couteau qu’il tenait déjà entre ses mains. La lame vint se planter dans le canon du pistolet au moment même où la balle allait en sortir. Sous le choc douloureux provoqué par la rencontre des métaux, Enoa lâcha son arme et le fit tomber au pied du lit, où, surpris, le gamin baissa sa garde pour rattraper son précieux objet. Cette accalmie fut profitable à Yué. D’un pas rapide, il parcourut les derniers mètres le séparant du petit Enoa et se saisie par son bras blessé, ne lui laissant pas de temps de réaction afin de conserver l’avantage. Le gamin laissa échapper un hurlement de douleur et s’agita violement dans cette étreinte beaucoup trop violente pour lui.

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Par Flow
Lundi 18 février 2008

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Instinctivement, il se mit à frapper Yué à la tête en le suppliant de le lâcher, et cette éternelle phrase qui revenait sans cesse sur ses lèvres : « Je serais sage ! »

 

« C’était lui ! »


- Ca suffit, Enoa, se mit à hurler Yué. T’as une putain d’aiguille dans le bras ! Calme-toi ! Je dois te l’enlever ! Je sais que tu es sage ! Je ne vais pas te faire de mal ‼
- Lâchez-moi ! Lâchez-moi, continuait Enoa en hurlant encore plus fort que Yué. Je veux pas de ça ! Je veux pas faire ça ! Au secours ! Kenji !

 

                Yué ne voulait lui faire aucun mal contrairement à ce qu’Enoa paraissait fermement croire et le fait qu’il se mette à appeler son bourreau à son secours le rendait à la fois perplexe et fortement contrarié. Bien loin des intentions qu’Enoa lui attribuait à son égard, Yué, pour le moment, ne désirait qu’une seule chose, aider l’agressif petit gamin, qui, tel un jeune chiot apeuré et sans défense, cherchait à se défendre contre une horde de loups affamées. Mais, dans son agitation où il était totalement terrifié, le gamin ne paraissait pas le comprendre, tentant désespérément de se protéger en donnant des gestes violents et désordonnés, jusqu’à ce qu’à ce que Nohae, dans un calme absolu, vint prêter main forte à Yué. A son tour, il se mit à cheval sur Enoa et lui neutralisa le bras valide pendant que sa main libre venait se plaquer contre sa bouche pour l’empêcher de crier plus fort afin de ne pas attirer à nouveau Asahi dans les parages. Cette situation plus qu’oppressante pour le bébé, déjà drogué et profondément traumatisé, le stimula davantage pour se défendre et il se mit à se débattre de plus bel, faisant encore jaillir du sang de sa plaie béante dans laquelle la tige d’acier continuait de provoquer des dégâts. Bien que Yué mettais tout ses vains efforts pour maintenir le bras d’Enoa suffisamment tranquille pour en retirer l’aiguille, celui-ci faisait preuve d’une force insoupçonnée et se dégagea assez de la poigne de Yué pour repousser la main de Nohae de son visage. Étant donné celui-ci tenait bon, Enoa, dans un ultime effort, parvint à écarter un petit espace entre ses lèvres et la paume de sa main pour le mordre de toutes ses forces, obligeant Nohae à le lâcher tout en se retenant de ne pas gémir de douleur. D’un geste qui lui vint naturellement, Nohae lui asséna une bonne gifle qui le calma presque instantanément, car Enoa, toujours en larmes, se mit à lui demander pardon. Ce comportement valut à Nohae un regard réprobateur de la Yué, regard auquel il ne répondit d’ailleurs pas. Il se sentait dépassé par ce petit qui pleurait à chaudes larmes entre lui et Yué, il ne voulait plus l’entendre, il aurait même préféré ne pas voir, puisque lui, contrairement à Yué, pendant tout ce temps, il savait. Il déchira un bout de drap dans l’intention de l’enfoncer dans la bouche du gamin mais en voyant son geste et devinant ses intentions, Enoa se remit à supplier sa clémence tout en pleurant et en se protégeant le visage de ses bras.

 

« De ce jour, je ne garde qu’un souvenir vague mais bien ancré en moi… »

 

                Les deux hommes commençaient à être à bout de nerfs avec le petit. A contrecœur, le morceau de tissus fut introduit de force dans la bouche d’Enoa, ce qui ne l’empêchait pas de crier malgré son bâillon. Nohae maintenait le tout de sa main, de façon plus ferme que précédemment, et, subitement, les mains sur celle de Nohae, Enoa s’immobilisa en le fixant de ces beaux yeux émeraude. En conséquence, Nohae tourna son regard ailleurs, fixant le mur à côté de lui avec un intérêt superficiel. Non ! Il ne voulait pas voir ! Surtout pas ! Yué se saisit prestement du frêle poignet d’Enoa, félicitant quand même Kenji de ne lui avoir blessé que le bras droit. Le plus dur à présent était de lui retirer cette aiguille qui avait été merveilleusement bien planté à l’intérieur d’une veine qui menait droit au cœur et pour le moment, il n’y avait pas d’autre solution que celle que Yué allait utiliser pour l’en extraire. Il ramassa le couteau à lancer, et, en se préparant à opérer, un rayon de soleil fit briller la lame juste au dessus du visage d’Enoa. La lueur de terreur dans le regard du petit s’intensifia en même temps que ses cris étouffés et, de ce fait, il chercha encore à se libérer, enfonçant ses ongles profondément dans l’avant-bras de Nohae, qui, cette fois ci ne broncha pas. Les gouttes de sueurs qui perlaient sur son front, roulaient à présent le long de ses tempes. Sa respiration, déjà accélérée par la prise de drogue et par la frayeur, devenait de plus en plus rapide. Trop rapide même ! C’est pourquoi Yué se trouvait dans l’obligation de faire au plus vite. Il posa délicatement la lame de son couteau au niveau de la partie biseautée de l’aiguille et pratiqua une légère incision dans la veine. Un jet de sang jaillit de la nouvelle blessure et du sang coula encore abondamment, formant presqu’une mare sur le lit pendant que Yué exerçait une pression sur la tige de métal pour l’expulser du corps du gamin. Durant cette douloureuse opération, il entendit très distinctement Enoa suffoquer, retirant l’aiguille au moment même où Nohae ôtait le bâillon. Enoa faisait une crise de panique, incapable de reprendre son souffle, pendant que les deux amis, totalement désemparés face à sa détresse, se montraient impuissants à le calmer après cette action musclée. L’hypertension à laquelle Enoa était soumis amplifiait l’hémorragie, laissant sur le lit, une mare de sang qui augmentait à vue d’œil.
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Par Flow
Mercredi 20 février 2008

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Par dépit, puisqu’il n’avait rien d’autre sous la main et que le temps commençait à compter pour Enoa, Yué déchira un bout de sa chemise avec lequel il garrotta en douceur le bras du bébé, dans l’attente de meilleurs soins, et lui attrapa délicatement le visage entre ses mains pleines de sang. Il posa son front sur le sien et plongea son regard dans les siens pour lui parler d’une voix apaisante.

- Ca va, gamin. Tu te calmes. Regarde ! Il ne reste plus que moi et Nohae dans la pièce. Tu n'as plus aucune crainte à avoir.
- Je veux pas faire çà. S’il te plaît, le supplia faiblement Enoa entre deux souffles et deux sanglots. Ne me fait pas de mal, Kenji. Je t'en supplie ! Ne me fait pas de mal !

 

                A ces mots, Enoa eut encore des larmes et referma ses beaux yeux verts en priant pour que son tortionnaire veuille daigner entendre ses mots. Complètement épuisé, à bout de force et de nerf, il se laissait sombrer dans les méandres des effets de la drogue. Sa respiration était trop saccadée pour que Yué le laisse dans cet état. Il écarta quelques mèches du front d’Enoa et y déposa un rapide baiser avant de se redresser et de se tourner vers Nohae.

- Nohae ! Dans la poche de ma veste... prends le flacon bleu et vient mettre une des pilules qu'il contient dans la bouche du gamin. Ca va dissiper un peu les effets de la drogue.

 

« Du goût du sang dans ma bouche… »

 

                Nohae s’exécuta en soupirant puisque les mains sales de son compère ne lui permettaient pas de le faire lui-même. A demi-inconscient, Enoa sentit sur ses lèvres, les doigts de Nohae lui insérer quelque chose dans la bouche et il réagit de suite, détournant la tête en serrant les dents mais il ne fut pas le plus fort. Saisit au menton par une poigne qui lui paraissait immensément grande et puissante, il crut encore avoir à faire à Kenji et ouvrit docilement la bouche pour avaler le cachet au goût amer. Il ne pouvait plus de se défendre, il n’en avait plus la force, il était obligé de se soumettre et de le laisser faire à volonté. Il se résigna à rester calme sur le lit, sans bouger, recroquevillé sur lui-même dès que son corps fut abandonné par les mains maitresses, les yeux fermés et le souffle court. Ses cheveux étaient collés sur son front, ruisselant de sueurs ; sa température corporelle chutait à une vitesse alarmante alors que son corps était brûlant. Il avait tout juste conscience du silence qui l’entourait, de la douleur atroce qu’il ressentait dans ce bras qu’il était incapable de palper pour savoir ce qu’il avait et puis, il y avait aussi cette peur, tenace, angoissante qui lui tordait les entrailles dans une douleur muette. Il avait tellement peur que Kenji soit encore là à l’épier, à attendre le moment opportun où il viendrait réclamer son dû. Il craignait les représailles et en particuliers celles venant d’Asahi. L’imposant silence qui régnait autour de lui finit par avoir raison de sa volonté à rester lucide et à se défendre où il se perdit dans une semi inconscience. Face à lui, Yué se tenait debout, les poings et la mâchoire serrée, les sourcils froncés, il ne quittait pas Enoa du regard. Il était assailli par des milliers de questions qui se bousculaient toutes en même temps dans sa tête et il ne parvenait pas à formuler une seule réponse, rien de véritablement réconfortant pour soulager sa conscience. Lentement, comme par crainte d’y poser son regard, il baissa ses yeux vers ses mains encore tremblantes, pleines du sang d’Enoa, semblant lui crier toute la détresse qu’il avait, probablement en toute conscience, jamais voulu voir.

                               

- Qu’est ce qu’il ne veut pas faire, Nohae, parvint-il à articuler avec quelques difficultés.

- A ton avis, gronda Nohae. Il te prenait pour Kenji, tu crois qu’il ne voulait pas que tu lui fasses quoi ? Mais regarde autour de toi, Yué. Regarde cette chambre ! Tu en as assez fait. Allons nous en avant qu’ils ne reviennent. Je te conseille de laisser tomber ce gamin. C’est pas nos oignons ! C’est pas ton problème et encore moins celui de Moonlight. Oublie Enoa !

- Que je l’oublie ? Justement ! Après ça, comment tu veux que je l’oublie ? Bien sur que c’est mon problème maintenant. Parce que je partage la même chambre que lui, que je me coltine à longueur de journée et Moonlight va mettre son nez dans cette affaire, crois moi.

- Yué ! Tu fais une putain de grave erreur. Le jeu n’en vaut pas la chandelle et Kenji ne te laissera jamais partir avec le gosse. Il te pourchassera jusqu’à ce que tu ne t’approches plus jamais de sa pute.

- J’en prends la responsabilité, Nohae. L’entière responsabilité. Alors, ne te prends pas la tête à ce sujet.

 

Il pencha la tête de côté et sourit faiblement, un sourire aux intentions indéterminées. Son regard se promena d’Enoa à Nohae et finit par le poser à nouveau sur le gamin.


- Une chasse à l'homme. J'aime bien cette idée. T'es très doué, Nohae.

- J’espère que tu as conscience de ce que tu fais, Yué. Parce que ça pourrais bien te coûter cher.

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Par Flow
Samedi 23 février 2008

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- Je n’ai toujours pris que des risques mesurés dans ma vie. Tu devrais être le premier à le savoir.

 

                Yué savait pertinemment que Nohae avait entièrement raison à propos de Kenji et d’Enoa. Oui ! Il avait toujours entendu parler de cette pute que Kenji se tapait à longueur de temps, se vantant même de ses exploits sexuels et de la débauche exacerbée de sa pétasse. Ils représentaient tout les deux le genre de comportement que Yué méprisait, ce qui l’avait amené ne jamais se soucier de la vie de Kenji et il s’était toujours tenu le plus éloigné possible de la vie sexuelle de ces deux nymphomanes pour lesquels il n’éprouvait pas d’estime particulières, en dehors de sa collaboration étroite avec Kenji dans les affaires. C’est pourquoi le visage d’Enoa lui était inconnu lorsqu’il l’avait rencontré au centre de détention, seule cette vague impression de l’avoir déjà croiser quelque part lui était obscurément venu à l’esprit. Jamais il n’avait voulut savoir de qui il s’agissait quand on parlait de la débauchée à Kenji, jamais ! Mais aujourd’hui, cela allait changer parce qu’il ne serait plus jamais capable de regarder Enoa dans les yeux et de lui sourire sans éprouver une profonde culpabilité. Au fond, il ne savait pas pourquoi mais cet enfant, dont il avait été touché par sa souffrance deux fois de suite, il désirait ardemment le protéger, le prendre dans ses bras pour le réconforter, lui donner le sourire et ces sentiments là, qu’il éprouvait envers Enoa, il ne les comprenait pas. Il s’approcha à nouveau du gamin qui gisait inconscient et lui caressa la joue du revers de la main. Il sursauta malgré lui à la réaction d’Enoa qui ouvrit les yeux pour le regarder, paraissant soudainement lucide.


- Kenji ?

- Non, lui répondit Yué en gardant sa main sur sa joue de façon assez tendre pour le rassurer, puis, voyant que l’enfant sombrait à nouveau dans l’inconscience, il parla un peu lui même. Je ne peux pas laisser faire ça.

 

« La douleur lancinante irradiant mon corps… »

 

                Au vue de l’action fulgurante du stupéfiant sur le petit Enoa, il était parfaitement clair qu’il s’agissait de la toute première prise de drogue dure du gamin. Ses paupières fermées, il venait de replonger dans un sommeil tourmenté et Yué en profita pour le laisser un peu tranquille. En face de lui, un énorme miroir trônait et lui renvoyait son reflet de façon si obscène qu’il eut envie de le briser d’un coup de poing. Maintenant que toute cette agitation était passée, il découvrait enfin cette chambre aux murs sobres de couleur crème et dont le seul meuble était une commode assez conséquente dans un coin de la pièce. Non loin de là, une porte coulissante donnait sur un petit cagibi, pas plus grande qu’un placard, où se trouvait une cabine de douche et un minuscule lavabo. Malgré les injonctions de Nohae de faire place nette en abandonnant Enoa, Yué, sans répondre, se dirigea vers la petite salle d’eau. Il ressentait ce besoin absolu d’enlever tout ce sang sur ses mains, ses bras, son visage et qui paraissait être un profond sacrilège, comme s’il avait osé porter la main sur le fils de Dieu lui-même. La fraîcheur de l’eau lui remit quelque peu les idées en place et, après s’être sécher avec une serviette de bain qui pendait non loin de lui, il la passa sous le jet d’eau pour revenir auprès d’Enoa. Il se mit à nettoyer le bras et le corps ensanglanté de celui-ci, découvrant par la même occasion, un tatouage sur le haut de son torse. Une inscription de couleur noir écrite en lettre gothique et qui disait : « Life without regret ». Une fois qu’il eut enlevé en partie le sang coagulé sur le corps de bambin, il lui déchira le reste de sa veste et de sa chemise, à présent trop en loque pour qu’il puisse un jour les remettre, et, enlevant sa veste à lui, il l’y enveloppa rapidement.

 

- Mais qu’est ce que tu fous, lui lança Nohae avec une pointe de colère dans la voix. Laisse-le ici.

 

                Yué ne l’écoutait déjà plus. Il chargea Enoa sur son dos et le regarda droit dans les yeux, plus que déterminé à quitter les lieux avec le petit et cela, avec ou sans l’aide de son ami.

 

- Tu fais ce que tu veux et je fais ce que je veux. Que je parte avec lui, ça changera rien à ta vie. Te fais pas de mouron pour ça, je sais parfaitement me débrouiller sans toi.

 

                Après avoir poussé un léger soupir, Nohae, paraissant avoir réfléchi à la situation en un court laps de temps, lui ouvrit la porte pour le faire sortir avec son précieux fardeau sur le dos. L’enfant, juché sur Yué, avait le teint si pâle que cela en était très inquiétant. D’un geste instinctif, de la même manière qu’il le ferait pour son fils, Nohae posa sa main sur son front pour découvrir que le gosse était brûlant. Yué avait probablement raison, il se comportait peut-être comme un couard et ce n’était pas lui qui venait de passer deux jours de noce forcée avec Enoa, alors pour lui, le marmot ne représentait peut-être rien, mais pour son ami, cela pouvait être une autre histoire, tout comme lui s’était comporté en frère avec Yué alors que rien absolument rien ne l’y obligeait.

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Par Flow
Dimanche 24 février 2008

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- Tu es venu comment, demanda-t-il à Yué.

- Ton super bolide que tu as préparé pour ce week-end.

- Ah, fit-il avec un ton qui signifiait clairement : « Tu te fais pas chier, mon gars ! ». Prends plutôt ma familial, tu passeras plus inaperçu. Je ramène l’autre au bercail et je te rejoins au Chase.

 

«Et la lune tatouée sur ton poignet. »

 

                Il procéda à un rapide échange de clés avec Yué, et, alors qu’ils défilaient ainsi devant tout le monde, Yué avisa Black thorn non loin d’eux qui ne perdait pas une miette de ce qui se passait. Celui là, il ne le raterait pas puisque, de toute évidence, il n’était pas étranger à ce qu’Enoa venait de subir. Sa façon de se tenir et de surveiller Yué lui démontrait qu’il avait reçut des ordres précis. Sur ce point là, Nohae n’avait pas tort. Kenji n’allait pas lâcher Enoa comme ça et quitte à déclencher une furieuse guerre des gangs, il se montrait prêt à utiliser tout les moyens possibles pour garder le môme avec lui. Le courroux qui habitait Yué était à son paroxysme et sans Enoa sur le dos, il n’aurait pas hésité à refaire le portrait du déguisé de service. C’était avec un soulagement qu’il sortit de chez Kenji, et, en installant Enoa sur la banquette arrière, priant pour qu’il ne vomisse pas afin de ne pas être tué par un Nohae qui ne voulait déjà pas du gamin, il trébucha maladroitement en voulant le couvrir avec une couverture, se retrouvant, nez à nez avec lui. Il lui tira quand même la couverture jusqu’au menton et passa doucement son pouce sur la lèvre inférieure d’Enoa, le trouvant bien pâle mais cette blancheur faisait merveilleusement resplendir sa bouche corail. Il ne pouvait pas s’empêcher de détailler son visage, surtout avec un angle de vue aussi proche, quand soudain, il entendit Nohae lui parler.

 

- Tout va comme tu veux ?

 

                Surpris dans sa rêverie, Yué se redressa d’un seul coup en s’éloignant au plus vite du visage endormi d’Enoa. C’était sans compter la hauteur restante entre la banquette et le toit de la voiture, contre lequel il se cogna assez brutalement la tête.

 

- Aie !...Merde…, pesta Yué en se tenant la tête. Désolé ! Y avait une couverture dans le coin là. Ca va lui faire du bien. T'as pas intérêt à me taper, Nohae. Il va bien aller le gamin, il doit juste se reposer.

 

                Il eut un léger sourire sans se retourner vers Nohae, car son visage était légèrement rouge et il fit mine d’arranger à nouveau la couverture sur Enoa.

- Allez, gamin ! On rentre à la maison. Je vais te coucher dans ma chambre, tu vas être mieux.

 

« Mon premier vrai souvenir de toi, doux comme le baiser d’une rose. »

 

                Nohae afficha aussi un petit sourire en coin en quittant Yué. Il ne sentait pas bon de trainer trop longtemps dans le coin, surtout quand on était en train de kidnapper tranquillement le bien le plus précieux de Kenji. La fameuse familiale de Nohae démarra en ronronnant, puis disparut dans le flot de la circulation. Il était encore tôt dans la soirée et le Chase ne comptait que sur la présence de quelques employés préparant le night-club pour la nuit. Yué, dès son arrivée, s’esquiva par une entrée lui étant réservé avec Enoa sur le dos. Un escalier dérobé le menait à son loft surplombant toute la piste de danse, offrant une vue panoramique à travers une vitre blindée et sans tain. Derrière un énorme aquarium faisant office de mur, il pénétra dans une pièce au design lounge. Il déposa son inestimable bagage dans un lit cocon et l’étendit confortablement avant de le couvrir avec une couverture et de lui ajuster les oreillers. Puis, inquiet malgré lui, il partit chercher de quoi soigner le bras d’Enoa. A son retour, le petit dormait à poings fermés, enfin paisible, libéré de toutes peurs. Yué s’assit à ses cotés et le contempla dans son sommeil si profond, ne pouvant s’empêcher de sourire. À cet instant précis, Yué se jura de toujours protéger ce gamin. Il ne savait pas pourquoi mais il en avait envie. Puis dans un geste irréfléchi, il déposa sa main dans ses cheveux et se pencha sur son visage.

- Il n'y a que dans ton sommeil que tu peux te réfugier et être parfaitement heureux, n'est-ce pas, mon cher ami ? Je te promets que tout va bien aller à partir de maintenant.

                Puis, il découvrit le bras du bébé pour examiner la plaie. En écartant sa veste, il étudia plus longuement les traces sur le corps d’Enoa, traces qu’il avait aperçut chez Kenji mais sur lesquelles il n’avait pas eu le temps de s’attarder. Ses côtes étaient parsemés d’hématomes, certains, récents présentaient une couleur sombre, noirâtre tandis que les plus anciennes se résorbaient et prenaient une teinte jaunâtre. Sur ses avant-bras et son ventre, de profonds sillons noirs traversaient sa peau et en le soulevant un peu plus pour lui retirer entièrement cette veste, il ne put que constater les ravages laissés dans le dos d’Enoa par la flagellation. La colère le submergeait à nouveau devant les maltraitances faites au gamin. Pour se reprendre et garder ne serait-ce qu’un peu de sang froid, il devait ôter ce spectacle de sa vue. Aussi, il allongea à nouveau Enoa sur le lit et amena son bras à lui en enlevant le garrot qui, de toute façon, n’avait pas l’air d’avoir tenu bien longtemps. Le sang avait cessé de couler mais son bras, enflé, était un hématome noir et violet.


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Par Flow
Lundi 3 mars 2008

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